mardi 9 avril 2013

(sans métaphore)


photo prise aujourd'hui (09/04/13) sur le chemin des Savoyards, Saint-Marc-Jaumegarde

Quand la route devient voie
Quand la voie devient piste
Quand la piste s’étrécit en chemin étroit
Quand le chemin étroit s’appelle sentier non balisé
Quand le sentier devient voie lactée de nuit
Alors, peut-être, la journée est faite

                      La tour de César, Saint-Marc-de-Jaumegarde

samedi 6 avril 2013

de l'usage des cahiers - 3


Cahier d’observations CE2



La pluie désoeuvre  désole désoblige. Dehors enfermé à double tour, ne reste plus qu’à explorer l’intérieur. L’intérieur ses étagères ses questions existentielles – où-vais-je-dans quel-état… seule certitude : dans un état poussiéreux  . La poussière soufflée on découvre des merveilles. Un vieux cahier scolaire de travaux pratiques Lutèce, estampillé NF / Lic. 77 N° 573, couverture rose, ornée du dessin d’un trois-mâts toutes voiles gonflées,  et sur la page de garde madame Camus a inscrit à l’encre rouge, mon nom (avec une erreur) mon prénom, CE2 et l’usage du cahier : Cahier d’observations. Or donc observons.


Le cahier est constitué de pages quadrillées à petits carreaux alternant avec des pages blanches recouvertes de dessins ronéotypés à l’encre violette. J’avais oublié ces observations : observait-on la nature ou des documents ? Peu de souvenirs de ces premiers rudiments scientifiques ou géographiques. Le cahier commence par « Le moineau friquet »
(Il est très petit. Son corps est recouvert de plumes. Le bec est dur, avec deux narines dessus. Deux petits trous sont ses oreilles. Il mange des insectes et des graines. Il pond des *oeux. C’est un *oiseaux.) avec sur la page de gauche une courte description à l’encre verte et sur la page de droite deux minuscules dessins  de « la tête du moineau-friquet » et de « la patte a 4 *doits avec des griffes » (la maîtresse n’a pas corrigé). Le cahier se termine par « Les grands voyages » (Les marins de Magellan ont fait le premier tour du monde. Cet exploit a été possible grâce à la boussole et à la caravelle. Magellan sera tué au cours de l’expédition.)
Ainsi la boucle est bouclée. La promesse du bateau de la couverture – une caravelle peut-être, il me semble avoir eu des cahiers « Caravelle » - des grandes découvertes est tenue. J’observe que l’institutrice a élaboré une progression : partant du très petit, du moineau friquet, jusqu’au très grand des « grands voyages » ; dès la deuxième observation - une reproduction de la planète terre avec une liste de consignes et de notions à reporter – on sent la solidité d’une construction pédagogique visant à rendre accessible le très grand comme le très petit. Le plaisir de la nomination, ne sais pas si je l’ai ressenti à l’époque, mais entre-temps j’aurai lu Ponge – désir soudain de relire Le Parti pris des Choses… - et la redécouverte de ce cahier me ravit.
Vite, terminons ce billet.
J’observe mon orthographe défaillante (*paûle nord et *paule sud ) et un usage des accents et des majuscules très aléatoire (déjà), des consignes très peu respectées – n’ai pas colorié les Tropiques en orange ni la France en violet, par négligence ou par ignorance ? - un coloriage approximatif et très peu de corrections de la maîtresse. Je n’en conclus rien j’observe c’est tout.  J’observe qu’il manque l’odeur de l’alcool du stencil, la machine au fond de la classe pour que surgisse un vrai souvenir.  Cependant me titille l’envie de travailler sur ces vieux cahiers retrouvés. Il a cessé de pleuvoir. Dehors a déverrouillé sa porte. 



mardi 2 avril 2013

la boîte à images




J’ai cassé la boîte à images maman, la boîte à images.
Ne pleure pas ma fille, ne pleure pas, je vais la réparer, le monde tourne rond. Nous prendrons le temps mais nous en ferons le tour. Voici déjà les chercheuses de petites bêtes, détourne les yeux, ma fille, détourne les yeux. Cours plutôt vers la gaveuse de coucous. Pendant ce temps, je consulterai l’indicateur d’oiseaux migrateurs : le prochain vol vers le sud du sud ? Pas avant l’hiver prochain ? Vous déraisonnez, vous n’y pensez pas. Tant pis nous irons à pied de piéton.



Maman, regarde, la petite gonfleuse de nuages est dégonflée. C’est la faute de l’envoyeur de petits enfants dans le ciel, ma chérie. Il y envoie trop de garnements buissonniers qui s’amusent à crever les nuages avec des sarbacanes et la petite gonfleuse de nuages a trop de travail. Ne t’inquiète pas ma fille, nous irons chercher des fortifiants chez les tourneurs de roses et l’imprimeur de coccinelles. Elle reprendra vite ses forces. Quant à toi monte sur la pieuvre, toi seule tu peux embrasser ses huit bras dans tes deux petits bras. N’aie pas peur de l’écraseur d’heures. C’est mon ami. Grâce à lui, j’ai réparé ta boîte à images. Le monde tourne rond, ma chérie, c’est un manège.




                                Photos prises le 23 mars 2013 à Aix-en-Provence, en haut du cours Mirabeau

dimanche 17 mars 2013

le baiser à la maîtresse du vent



(photos prises le 14 mars)


Il y aura toujours les pro vent et les anti – impassible maîtresse du vent, je les regarde s’agiter – indociles et turbulents surtout en Provence, entre tramontane et mistral, en ventoux en voilà. Direction Nîmes – Pont-du-Gard,  mistral noir ne respectant pas les limites de vitesse, le vent souffle à plus de 130 km/heure – le car vibre et mugit mais les élèves surexcités plus encore – sortie pédagogique au musée et à l’aqueduc (programme 6e histoire romaine) et au musée du vélo (programme de technologie). Une cinquantaine d’élèves de sixième, six adultes et la maîtresse du vent. Les élèves remplissent leur questionnaire dans la pénombre. Ils gaussent devant les latrines collectives. En catimini, j’observe un lièvre phallique, gravé dans la pierre par les tailleurs pour se protéger contre le mauvais œil. Pique-nique près d’un olivier né en Espagne onze siècles auparavant/ô pare à vents (mais qui peut se vanter de parer au vent?)


Au château de Bosc, à Domazan, des sculptures monumentales entre vignes et oliveraies. Le grand bi, le grand bi, crient les enfants (grande vedette du musée, ils l’ont étudié en techno). La visite commence par les draisiennes zoomorphes. Le vélo violet de Poulidor et le minuscule maillot de Jeannie Longo. Je m’échappe du peloton. Besoin d’air. Un chêne joue les torturés romantiques et se laisse prendre en photo. Le chef a les mains heureuses, c’est Vanessa Notley qui le dit. On veut bien la croire.  Entre doigts coule le temps. Flirte avec la chute m’ordonne-t-elle encore. Je préfère rejoindre le fou. Mais il est enfermé dans la tour. On dirait un code à déchiffrer pour l'avenir. Je préfère d'autres jeux. Dominique Coutelle offre le baiser à la maîtresse du vent. Je le lui rends. Le mistral n’est pas en colère. Souffler est sa joie. Souffler n’est pas jouer. Souffler est sa vie. Autant en emporte la maîtresse du vent.








[Les groupes de mots en italiques sont pour la plupart les titres des sculptures des artistes contemporains exposés dans le parc du château de Bosc, Vanessa Notley, Anne Wendling et Dominique Coutelle.]