samedi 19 septembre 2015

à mon corps défendant


photo Philippe Marc



À mon corps défendant,
à mon corps touchant, touché, coulé,
j’achève l’été
d’un coup sec sur la tempe

à mon corps sans tête,
ou plutôt la tête sous le bras,
la mauvaise tête, la tête qui ressasse,
embarrasse,

à mon corps lourd, fatigué, usé,
cependant servile, servant et chevalier,
à mon corps et la tête de remplacement,
celle au léger sourire flottant,
qui convient en toute circonstance,

je dis J’accueille l’automne.


lundi 14 septembre 2015

agenda


photo Philippe Marc, Marseille, Callelongue


Mardi : prendre la voiture
Mercredi : prendre la voiture en chantant
Jeudi : prendre son courage à deux mains, continuer à tenir le volant
Vendredi : ne pas prendre ses jambes à son cou, prendre le courage qui manque à d’autres mains mais lesquelles ? y aller à reculons, avancer cependant…
Samedi : prendre le temps
Dimanche : prendre le bateau pour une île et deux anniversaires

Lundi : prendre le train de l’écriture

Mardi: prendre de l'essence


jeudi 6 août 2015

Personnes que je n’ai vues qu’une seule fois /1 : Esther



« Tout ce qui n’a pas de paupières et à 360° », c’est le genre de consigne que donne Esther au groupe d’écrivants réunis autour d’elle à la gare de Miramas. Elle précise, bien sûr. Porter son attention sur la matière des sons. « Mesdames et Messieurs, attention au passage d’un train, éloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous plaît ». Sifflements, chuintements, glissements des trains arrivant et repartant. Grésillement électrique des caténaires, stridulations des cigales et de l’air,  bruissement des arbres entre deux trains. Sage et scolaire, je note « tout ce qui n’a pas de paupières et à 360° », ainsi que cette parole d’Esther.

C’est ma première Esther. Le prénom d’une reine. La reine d’un petit peuple nomade qui va écrire en suivant ses propositions dans un train ou aux arrêts sur la ligne Marseille-Miramas. Un peu plus tard, sur la plage de Sausset elle sortira de son sac des livres dont elle nous parlera. Elle lira quelques extraits, des tables de matière à, notamment des gens qu’on n’a vus qu’une seule fois… Esther en fait encore partie. Pourtant, je pressens que ce ne sera pas toujours le cas. Une seule fois, mais toute la journée et dans une attention particulière. À la gare de Niolon, attendant le train de 16H57 qui n’arrivera pas, nous sommes assises côte à côte. (J’aime ce nous). Esther m’apprend que sa fille est née à Pertuis, comme mon fils au moins une dizaine d’années auparavant. Petit point commun (il faut que j’arrête avec cet adjectif petit) avec elle qui se met à écrire des phrases sur des petits carrés de papier blanc. « Fais passer » me dit-elle. Je passe les mots de la passeuse à ma voisine. Nous voilà tous à faire passer les mots d’Esther (pourquoi n’ai-je pas eu l’idée d’en noter quelques phrases) qui nous/me conforte dans l’idée que c’est une reine du paysage.

C’est une paysagiste qui apprivoise les cigales. Un peu plus tôt, à Niolon, devant le café « la Canne bambous », elle recueille sur son bras une cigale mal en point tout en nous murmurant des choses à l’oreille. Nous lisons quelques phrases de nos textes. Elle nous suggère de répéter quelques mots, quelques bouts. Nous sommes en cercle (sauf la cigale sur le bras d’Esther), comme un chœur antique, dans le plus beau paysage méditerranéen qui soit, face à la mer et la beauté bleue de cette journée. Toutes les personnes du groupe, je ne les ai vues qu’une seule fois et pourraient faire l’objet d’un portrait (ce sera peut-être le cas) mais aujourd’hui c’est celui d’Esther dont je ne sais presque rien, sauf l’essentiel : c’est une reine cigale qui passe des mots à qui veut bien les lire et les entendre.


dimanche 26 juillet 2015

Train movie sur le TER entre Miramas (9h59) et Sausset-les-Pins (10h42)

Marseille, gare Saint-Charles, le 23/07/15 


Sur les lunettes écrans – genre Ray-ban aviateur – d’une jeune passagère défile le paysage. Sur les verres miroirs tournés vers la vitre, des diagonales de lumière et d’ombre jouent un film parfois en couleur selon l’inclinaison de son visage. La route des rails s’étire à l’infini vers un point de fuite que fuit le train lancé à pleine vitesse.

Les verres détournés de la vitre réfléchissent une route de traits discontinus de lumière – néons du wagon – on se laisse aller à rêver la nuit en plein jour. Ralentissement du train, visage de nouveau tourné vers la vitre, on reconnaît la pointe d’un cyprès. Arrêt en gare, murs graffés/griffés/greffés – greffe de la couleur sur le gris, émaillés de couleurs, terre de ciel. Le train repart.

Train movie confortable sur la crête des rails. Ses verres reflètent un vert profond qui mord et entame l’argent du ciel en fusion. Parfois le ciel chavire. Tunnel de presque noir strié des traits discontinus des néons. Blanc éblouissant de la roche et rails argentés s’incurvant à l’infini. Yeux fermés, autres images, autres écrans. Doubles se redoublant dans un vertigineux télescopage de surfaces miroitantes. Passage d’images. Yeux ouverts. Écrans lunettes. Lignes gris clair qui quadrillent sans danser le paysage. Lignes de vitesse. Lignes de vie parallèles. Ne se rejoignant jamais.

Impression de ne jamais arriver. Ça n’arriverait pas. Jamais. Mouvement pur. N’être que ça. Et puis le bleu. La jeune fille a soulevé ses lunettes pour regarder la mer sans écran.

Haïku du voleur de feu appelé Rimbaud

Elle est retrouvée
Quoi ! Quoi donc ? – l’Éternité !
C’est la mer allée

Au-dessus du viaduc de Niolon, le 23/07/15 (de mon portable)




mercredi 15 juillet 2015

qui es-tu?



Au-dessus bouteilles volent
volent à la mer dans les airs
messages en escadrille
à Marseille
à contre-sens des bouteilles
contre le bon sens du musée
je ne joue pas les petites filles sages
je bois la joie qui ne me boira pas