mardi 29 octobre 2013

du sud vers un peu moins le sud [2/2]




sur la route des vents et de lumière
mouvement des corps avec les yeux
un vide qui vous emplit







Toutes les photos sont de Philippe Marc (qu'il en soit remercié encore une fois, je ne me lasse pas de les regarder, le voyage se prolonge, le vent, la lumière, le vide sauvage partout... je garde celle du Rajal del Gorp pour un texte en cours d'écriture)


lundi 28 octobre 2013

du sud vers un peu moins le sud mais toujours le sud...




D’humeur à batifoler
                  à caracoler en tête du voiturage du grand festoyage
                  à racoler compagnons de la dive bouteille
                  à leur donner œillades, accolade, et rigolade…
Bref, à bricoler un texte, n’en ai pas le temps, m’en vais dans le Quercy, chemin du Moulin pour une pendaison
De crémaillère et l’anniversaire d’un quinquagénaire qui m’est cher
Dans le Quercy, je vous l’ai dit, m’en vais pour trois jours…



Voici ce que j’écrivais vendredi dernier, tellement pressée de partir qu’en ai oublié de laisser trace ici. En bonne compagnie avons donc roulé du sud vers un peu moins le sud mais toujours le sud, un autre sud, en gros d’est en ouest, en très gros de pays à bouillabaisse à pays de magrets. Avons traversé paysages de brumes avant l’orage, pont de lumière à haubans blancs, paysages lunaires à éoliennes et pâturages verdoyants, entre mille autres merveilles.  Arrivés au village, avons croisé un cheval à chaussette… Avons déposé baluchons et bagages à la maison en chemin, avant de nous rendre rue du moulin pour découvrir nouvelle habitation vieil ami notre… En face de chez lui, des moutons blancs et des moutons noirs à lunettes.
Partis pour festoyer peut-être trois jours ou/et trois nuitées. Ça dépendait d’où l’on partait. Certains venaient de plus au nord, de Normandie ou de la capitale, d’autres de plus au centre, de Creuse ou de Creuse, mais nombreux étions à venir de l’autre sud, le sud de l’est. Il y avait  enfin et surtout âmes d’ici, ceux du pays que notre ami s’était choisi. De bien belles âmes ma foi, de celles qui savent préparer soupe de panais  (à damner langues et palais). De soupes à l’ortie, de canards, magrets et autres formes. La grande maison accueillait les nouveaux arrivants à fenêtres et bras ouverts. Car la douceur de l’air était de la partie et ce fut une belle partie. Boustifaille, musique (Lou Reed , à un moment, sans savoir triste nouvelle) rires rencontres retrouvailles.
Il a fallu revenir dans l’autre sud. Rapporté quelques images.





Toutes les photos ont été prises entre le 25 et le 27 entre sud et sud, d'autres suivront dans les prochains jours...


jeudi 24 octobre 2013

à couper le souffle [4/4]

    Photo de Philippe Marc, Marseille, le 20/10/2013



Le silence, enfin presque !

Marie-Louise, plus bavarde de son mourant que de son vivant, venait de me traduire le chant matinal des deux grives sur la branche du chêne devant lequel je faisais une pause. Le paysage était beau à couper le souffle. Quant à Gérald, il me pressait pour repartir. Il fallait hâter le pas. Revenir intra muros avant l’heure chaude de la pause méridienne. Même en octobre, le soleil tapait fort par ici. Cela faisait un an maintenant que le programme de « l’école hors les murs » avait été interrompu. Un an qu’on avait retrouvé Béatrice à la maison du pendu. Les poignets et les chevilles solidement attachés à un radiateur, bâillonnée,  déshydratée mais bien vivante. C’étaient Jérémy et Angelo qui, ne supportant plus ses récriminations, avaient voulu donner une bonne leçon à la gamine. La nuit, ils l’avaient appelée doucement pour ne pas réveiller Sylvie. Béatrice ne s’était pas méfiée quand ils lui avaient chuchoté qu’ils avaient trouvé une solution pour qu’elle échappe à la longue marche du retour. Le pendu, c’était mon ami Gérald qui avait mis fin à ses jours, dans cette maison à Digne, trois ans auparavant. Il savait qu’il n’aurait bientôt plus l’usage de ses jambes et il ne supportait pas de vivre entre ces murs le reste de sa vie. J’avais eu le malheur de raconter cette histoire aux jeunes adolescents, en précisant que la maison du pendu, abandonnée depuis, se trouvait non loin du gîte. Les parents de Béatrice avaient accepté de retirer leur plainte à condition que le programme soit suspendu immédiatement.

Grâce à une retraite anticipée, je marchais de plus en plus longtemps tous les jours. J’avais encore des nouvelles de Yannis. Pour lui, le programme avait eu l’air de porter ses fruits. Après avoir passé et réussi le brevet des collèges en candidat libre, il avait commencé un apprentissage de garde forestier et déjà fait plusieurs stages d’accompagnateur de randonnée pédestre.  Encore un pour qui l’enfer c’était vivre intra muros et ce, quels que soient les murs. Yannis et moi avions réussi à briser le mur de l’incompréhension mutuelle. Mais les autres…


mercredi 23 octobre 2013

à couper le souffle [3/4]




Mieux valait entendre cela que d’être sourd. Dans la nature tout s’ouvrait : les oreilles, les narines, les papilles. Ces gosses ne se rendaient pas compte de la chance qu’ils avaient. C’était moi qui étais à l’origine de ce programme pilote censé les réconcilier avec le sens de l’effort, les règles de vie en collectivité avant d’intégrer à la rentrée une « école hors les murs », itinérante, alternant randonnée et programme scolaire minimum. De toute façon, ils n’avaient pas le choix : soit ils réussissaient à aller jusqu’au bout de cette randonnée d’un mois, soit le centre éducatif fermé. Ils devaient également lire Les Misérables - en version abrégée, déjà un challenge pour eux. L’itinéraire choisi par l’équipe – Jean-Michel,  professeur d’histoire-géo et Sylvie – professeur de lettres, était celui de Jean Valjean à la sortie du bagne, de Toulon à Digne-les-Bains, en passant par Grasse.  Contrairement à Jean Valjean, ils ne le faisaient pas en quatre jours. Cependant, le rythme était intensif – cinq à six heures de marche par jour – et les règles strictes : ni téléphone portable, ni écran d’aucune sorte n’était autorisé. Le MP3 – je disais encore walkman, ce qui les faisait bien ricaner - était autorisé deux heures par jour, au moment de leur choix. Angel, Jérémy, Mattias portaient leur casque aux deux premières heures de marche, la musique faisant office de réveil et de stimulant. Béatrice et Yannis préféraient écouter la musique le soir. Je devais reconnaître que Béatrice après des heures de marche en plein cagnard avait encore de l’énergie à revendre,  pour danser, ou plutôt se trémousser. C’est comme ça que la veille, après le dîner, elle avait tenté de me séduire. Insensible à ses charmes, je lui avais rappelé que c’était son tour de vaisselle en l’appelant Cosette. Ça n’avait pas plu à cette « petite chose » qui avait exigé du groupe qu’on l’appelle Bee – en allongeant le « i », comme to be or not to be… yonce – la chanteuse Beyonce,  le modèle de l’adolescente. Ses jolis yeux étaient emplis d’une telle haine…  à couper le souffle ! Je la revoyais brandissant une fourchette, cherchant à atteindre mes yeux, en hurlant que je n’étais qu’un vieux porc lubrique. Surpris par la rapidité et la force de l’attaque, ce n’était pas sans mal que j’avais réussi à la désarmer avec l’aide de Jean-Michel. Les autres gamins, goguenards et blasés, assistaient à l’algarade comme à un spectacle quotidien. Sylvie avait emmené la furie pas tout à fait calmée dans la chambre qu’elle partageait avec elle. Mattias et Jérémy étaient allés se coucher, ainsi que Jean-Michel. Angelo et Yannis m’avaient demandé de leur montrer l’endroit.   

-        Une jeune fille de quatorze ans a disparu sans laisser de trace depuis maintenant vingt-quatre heures. Cela devient inquiétant monsieur Rousseau et vous n’avez pas l’air d’être très inquiet… Vous aviez pourtant la responsabilité de Béatrice…
-       Sans vouloir me dédouaner, je ne suis pas le seul adulte. Depuis le début du voyage, elle nous casse les oreilles pour aller dans une vraie ville.  Nous voulions éviter les tentations que présentent les agglomérations. Je m’y suis pris un peu tard pour réserver ;  il ne restait  à Digne, que ce gîte d’étape intra muros de disponible. Elle a dû manquer délibérément le départ de notre dernière randonnée avant le retour.
-       C’est un peu gros, vous ne trouvez pas ? Il est facile en ville de trouver un téléphone portable et d’appeler ne serait-ce que ses parents. Vos deux collègues l’ont cherchée partout… Alors je vais vous poser de nouveau deux questions auxquelles il est pour votre bien urgent de répondre : est-elle encore en vie ? Où l’avez-vous emmenée ?
-       Merde ! J’en sais rien ! hurlai-je, Béatrice, malgré son visage angélique, a l’esprit retors vous savez ;  c’est plus souvent un bourreau qu’une victime, vous êtes au courant, non ?
-       Au courant de quoi ?
-       Si ses parents l’ont inscrite à ce programme, c’est pour échapper à l’établissement pénitentiaire pour mineurs. Elle a obligé une gamine de dix ans à se déshabiller dans les toilettes du collège et à danser sur une chanson de Beyonce, en la menaçant avec un couteau de cuisine ;  elle a filmé la scène avec son portable puis l’a diffusée sur Internet… Bref, la petite est devenue la risée du collège, elle ne veut plus aller en cours depuis trois mois… C’est loin d’être un ange, votre présumée victime… Ce que les garçons ont fait, à côté, c’est rien du tout…
-       Et vous pensez que votre marche forcée peut les ramener dans le droit chemin ?  De toute façon, le problème n’est pas…
-       Êtes-vous allé à « la maison du pendu » ? le coupai-je tout à coup.
-       C’est quoi cet endroit ? C’est là qu’on doit trouver… son corps ? Indiquez-moi sur le plan où ça se trouve…

p(photo prise le 21/10/13 à Saint-Antonin)

mardi 22 octobre 2013

à couper le souffle [2/4]


-      


     R-O-U-deux S-E-A-U, Rousseau, prénom ? demanda le capitaine.
-       Jean-Jacques, répondis-je.
-       Jean-Jacques Rousseau, vous vous foutez de moi ?
-       Pas du tout capitaine. Ce n’est pas ma faute si mes parents ont trouvé amusant de me prénommer comme l’autre promeneur solitaire. D’ailleurs, j’ai pas mal de points communs avec lui sauf que moi, je n’herborise pas et je ne confesse rien.
-       On verra, on verra. Reprenons. Vous prétendez n’avoir pas vu la jeune fille ce matin avant de vous mettre en route.
-       Et ce, pour mon plus grand bonheur… Je suis parti le premier. Hier, j’avais indiqué le chemin à Jean-Michel. L’itinéraire ne posant aucun problème…


J’avais perdu la notion du temps et de l’espace. Je ne savais pas où le soleil se levait. J’ignorais depuis combien d’heures j’étais entre ces  murs. Ils m’avaient interrogé toute la journée. Ils me suspectaient d’être responsable de la disparition de Béatrice Cortez. Mon évasion matinale ne jouait pas en ma faveur. Comment pouvais-je justifier cet abandon du groupe alors qu’avec mon statut d’accompagnateur de randonnée pédestre j’étais supposer les accompagner justement ? De plus, les ados interrogés avaient relaté mes prises de bec répétées avec Béatrice dont celle de la veille au soir. Je ne pouvais nier que la gamine m’avait fait sortir de mes gonds, mais de là à… à quoi, d’ailleurs ? à la tuer ? La violer ? La séquestrer ? Tout jouait contre moi. Mon franc-parler n’avait pas arrangé les choses et ses parents ayant porté plainte contre moi – la petite peste leur avait écrit que je la harcelais sexuellement - j’avais été officiellement placé en garde à vue à 19 heures. Conduit dans une cellule de deux mètres sur trois, j’étouffais. J’avais l’impression que la peau de mon corps constituait un mur supplémentaire. Je suffoquais. Il fallait me calmer, respirer, faire le vide en moi. Je fermai les yeux.
[description d’un paysage à couper le souffle]
 Non, cette fois-ci cela ne suffirait pas. Il me fallait casser les murs des crochets, m’astreindre à visualiser ce que j’avais contemplé le matin même. Le soleil, encore bas, nimbait d’un halo très pâle  quatre rangées de collines endormies; les plus lointaines, soulevaient à peine une paupière dans une brume blanche et bleue ; devant elles, s’étiraient leurs compagnes dans des draps gris bleu ; les collines bleu vert  remuaient doucement leurs rondeurs encore enfantines ; les plus proches déjà habillées en vert foncé, se préparaient à petit-déjeuner. Je revoyais encore ses yeux charbonneux emplis de rage impuissante... Je chassai cette image. Les murs de la pièce étaient recouverts d’inscriptions et de dessins obscènes. On m’avait ramené manu militari intra muros à mon point de départ. Je n’avais pas perdu mon latin, mais le sens de l’humour certainement. Je repassai le film de ces dix jours écoulés.
Au début tout se passait comme prévu. Ils ouvraient encore leur bouche pour chanter ou parler de tout et de rien. Mais petit à petit avec l’effort, les paroles s’étaient espacées. Les yeux d’abord baissés vers les pieds, s’étaient tournés vers les reliefs et la nature de la haute Provence [paysages à couper le souffle].

-       Ce n’est pas à la petite Béatrice que vous auriez coupé le souffle plutôt ?
-       En la tuant, vous voulez dire ? Et pourquoi aurais-je fait cela ? Quelle aurait été ma motivation ?
-       Elle se serait refusée à vous, par exemple. Vous êtes veuf, m’avez-vous dit ; à cinquante ans, vous êtes encore bel homme, en forme qui plus est, ca paraît un peu bizarre que vous n’ayez pas refait votre vie…
-       Ne mêlez pas ma femme à ça ! Deux ans que Marie-Louise est décédée mais elle marche toujours à mes côtés. Croyez bien que j’ai mieux à faire que des avances à cette péronnelle aguicheuse, bavarde comme une pie, cette petite peste sans cervelle…
-       Vous dites cela avec votre tête, Monsieur Rousseau, mais ça n’empêche pas les pulsions. Nous savons tous deux comment elles s’y prennent… à quatorze ans, elles testent leur pouvoir de séduction. Vous avez dit vous même que c’était une petite allumeuse…
-       Vous vous trompez, je n’ai pas employé ce terme.
-       Exact, Monsieur Rousseau, admit-il après avoir jeté un œil sur l’écran de son ordinateur, vous avez dit aguicheuse ; c’est le jeune Yannis qui a employé le terme d’allumeuse… je cite une putain d’allumeuse

p(photo prise à Manosque, le 26/09/13)