dimanche 31 décembre 2017

17 pages de mon agenda 2017

plan de préparation pour le roman photo "La lettre" Mucem


La paresse augmentant avec l’âge, je me rends compte que j’aurais pu poster un peu plus de billets cette année. Me propose avant minuit d’atteindre le chiffre de 17 pour l’année en commençant par 17 pages de mon agenda.

19/01 : « L’humeur des jours » compagnie « Les Zigues » à Pertuis : quand la danse explore la violence des faits divers et la résilience. Une image ? Le contour du corps de la danseuse dessiné à la craie sur le sol, par elle-même. La danseuse se relève, rejoue l’agression et la chute.

22/01 : Atelier d’écriture autour de l’expo « Le Rêve » au Musée Cantini, Marseille. Souvenir le plus prégnant ? Peut-être cet incident à l’étage. Un Miro touché par un enfant, une gardienne vociférante, des parents et l’enfant effrayés.

15/02 : Expo « Marilyn Monroe sous l’œil des photographes ». Je me souviens qu’elle a réussi en 1954 à imposer la programmation d’Ella Fitzgerald au Mocambo, où l’on refuse les musiciens de couleur. Rien que pour ça, respect.

04/03 : Atelier d’écriture au Mucem pour l’expo « Après Babel, traduire ? ». Entendre les glossolalies d’Artaud. Je découvre en préparant l’atelier « Le livre de Roger » dont le vrai titre est Kitâb nuzhat al-mushtâq fikhtirâq al-‘âfâq  soit « Le livre de la promenade de celui qui désire aller au-delà des horizons ».


20/04 : Exposition de ma dix-septième résurrection filmée en noir et blanc et colorisée. Souvenir d’une douleur fulgurante dans l’hémisphère gauche et la vision des couleurs en suite.

04/05 : Anatole et Alma de Sabine Tamisier par la compagnie « Bobine etc » pour les élèves de 6e4 du projet « Planchons sur le programme ». Plaisir des adultes et des enfants.

18/06 : Commence un récit intitulé « L’année des charançons rouges » (bestioles attaquant de l’intérieur les palmiers de Mandelieu et d’ailleurs, aucune solution, les arbres sont abattus) quelques fragments.

1er et 02/07 : Charles Juliet et Marcus Malte au festival « Les Carnets » à La Roque d’Antheron. Le leporello (carnet-accordéon) sur l’Inde d’une charmante aquarelliste-voyageuse déplié sur deux bancs. Tendre souvenir de Charles Juliet qui avait oublié ses papiers dans le train, heureux d’apprendre qu’on les a retrouvés.

07/07 : Pinocchio de Philippe Boesmans et Joël Pommerat au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du festival lyrique d’Aix-en-Provence. Opéra aux sublimes ombres et lumières, cirque et cinéma impressionniste à la fois. La grande fée en blanc et l’inquiétant présentateur.

24/08 : Expo Sisley à l’Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence : « Sous le pont de Hampton Court » je rencontre une élève de 4e et de son jeune frère souriant qui me fait le baise-main et me fait tourner comme dans une danse. Ravie par ce geste et la patte de Sisley.

04/09 : Rencontres photographiques, Arles. « Monsanto : une enquête photographique » de Mathieu Asselin : glaçant !

25/09 : film « Dans un recoin de ce monde » de Sunao Katabuchi au Renoir, Aix-en-Provence. Délicatesse nipponne du dessin et des émotions. Merci à mon fils de m’avoir initié au cinéma d’animation.

18/10 : Cendrillon de Pommerat par la compagnie « Les Maskarons » pour les Dionysies, théâtre de Pertuis. Sonorisation à revoir. Justesse des comédiens.

03/11 : Atchoum par Alain et Marie des Cubiténistes, à Limogne en Quercy.

16/12 : Ça ira de Pommerat, à la Criée, Marseille. Pas encore remise de ce spectacle aussi grandiose qu’humain.

20/12 : « Lucky » de John Carroll Lynch avec Harry Dean Stanton et David Lynch (aucun lien de parenté avec le réalisateur) au cinéma « Le Renoir », Aix-en-Provence. J’adore ce plan initial du désert et de la tortue qui traverse l’écran de droite à gauche très lentement et le plan inverse, à la dernière image du film avant le générique.

29/12 : Expo « Roman-photo » au Mucem, Marseille. Planches plaisantes de « En bombe »  de Colette et Willy et aux origines du roman-photo « Les amours malheureuses de Pierre Guignolet et de Fifine Mistouflute » imagerie d’Epinal de 1866.




presqu'une journée comme les autres

balade du 31/12/17


un ciel gris presque bleu
un soleil presque présent

presque pas tout seuls


cut-up 17

Cut-up 17

Pour la dernière journée de l’année 17, 17 phrases de la page 17 de 17 bouquins lus ou relus cette année sur ma table encombrée. Sans choisir. Sans référence (mais sans rien à gagner non plus, ce n’est pas un concours, quoique si ça vous amuse de les retrouver…) jusqu’à demain.

cercle tracé dans un ciel de 2017 


Ne tire pas de conclusions hâtives sur ce que tu vois et entends.
Un autre jour un gâteau.
Je vous demande de croire cela.
Le carouge et les autres oiseaux s’étaient tus. 
Il se serait alors demandé ce qu’il faisait dans ce coin si loin de chez lui.
S’il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible.
La chute n’en finit pas.
Tout est propre.
Au début, vingt pieds d’herbe abrupte séparaient le mur ouest du chemin.
Sa compétence, quelquefois brouillonne, le conduit à accumuler les informations de botanique et d’ichtyologie, en particulier pour les paysages et les fleuves africains, les lacs sahariens, à citer le nom grec du chiendent, aghrôstis, et à l’attribuer à une langue berbère du désert.
La terre chantait toujours.
Avec ce même regard qui semblait dire qu’ils avaient déjà traversé trop de cauchemars pour pouvoir être sauvés tout à fait.
C’est très beau, très pathétique et presque comique parfois : ces ardents remerciements à Dieu au milieu des gravats…
C’est que c’est une longue histoire.
Il avance tendu de force et de douleur, endurant dans l’air épais, beige et bistre, qui filtre entre les troncs et les bosquets.
LE PANTIN. Mais c’est pas vrai !
Cette absence d’histoire m’a longtemps rassuré : sa sécheresse objective, son évidence apparente, son innocence, me protégeaient, mais de quoi me protégeaient-elles, sinon précisément de mon histoire, de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi qui, on peut le supposer, n’était ni sèche, ni objective, ni apparemment évidente, ni évidemment innocente ?


vendredi 29 décembre 2017

La tête fumée

Odilon Redon "Tête fumante", exposition "Le Rêve" musée Cantini 2017 

 La femme est de profil,
Le profil est jeune, les cheveux sont vieux 
Ou le profil est vieux, les cheveux sont jeunes
Ou le profil est jeune et les cheveux sont vieux – teintés – 
Ou le profil est vieux et les cheveux sont jeunes – teintés 
Je nous laisse imaginer ce qui nous semble avoir le moins de possibilités 

Ses cheveux, jeunes ou vieux, teintés jeunes ou teintés vieux 
Sont rangés tissés mais attention : sans tissage 

Etrange, vous dites
Je nous laisse imaginer ce qui nous semble avoir le moins de possibilités 

La tête est enfumée dit le petit mot de côté
Il annonce : Divin mécontent 

Cheveux longs bruns ou blancs, on ne sait pas 
Traces du songe ou du mensonge 
Y a t- il encore du sang, y a t-il un peu de son? 
Non. Il n’y a que des songes
Il n’ y a que des sangles sur la tête des femmes 
Et sur la sienne une cigarette,
Une cigarette entre la tête et Dieu   
Divin mécontent 

Le profil est endormi
La prière a échoué
Pourquoi ?
La faute aux sourcils, les poils sont négatifs 
La peau ? Poisse et or 
Sur la tête la fumée 
Le profil a échoué 
Sur la tête poisse et or 
La prière a cessé 
Et sa bouche poisse et or n’est pas la bouche de la madone 
Elle. Resserrée. Sur un cône. En papier

Texte: Rafaële Mamane 
Photo: Michel Mathieu

mardi 26 décembre 2017

tentative de reconstitution d'une chaîne de souvenirs souhaits rêves de neige



C’est la période qui veut ça.  Mais aussi les dernières rencontres dans les pages des livres. Erri de Luca (La nature exposée) avec ce sculpteur mort au sommet d’une montagne (mais en relisant le passage, me rends compte qu’il n’a jamais été question de neige) qui se superpose à l’image de Robert Walser retrouvé mort lui dans la neige. Et cette nouvelle de lui « Retour dans la neige » : Sur le chemin du retour, qui me parut splendide, il neigeait à gros flocons, denses et chauds. Je crois bien l’avoir découvert chez Vila-Matas. Inconsciemment, pour l’atelier d’hiver de François Bon, les trois souvenirs de films convoqués sont liés au mois de décembre, et pour le film « Les Indiens sont encore loin » dont je ne me souviens pratiquement rien je lis que l’une des deux adolescentes est retrouvée morte dans la neige… Je découvre également à cette occasion que Christine Pascal s’est suicidée en 1996 (mais pas un jour de neige). Enfin, j’avais écarté le souvenir d’un film parce qu’il n’appartenait pas à l’enfance, pourtant très « magie de l’enfance » que je livre ici, parce que.

            #Aix-en-Provence #1986


Saut temporel et spatial. Parce que le cinéma de l’enfance-adolescence se situant dans le triangle Beaumont-L’Isle-Adam- Cergy offre peu de souvenirs marquants. Alors encore dans la jeunesse, Le Rex, un cinéma (détruit depuis) faisant aussi office de salle de concert – on y a vu les Rita Mitsouko avec les sièges des premiers rangs défoncés – mais ce soir-là, on va voir « Le nom de la rose ». En sortant du cinéma, la neige du monastère est aussi sur le cours Mirabeau et dans la rue d’Italie. Eblouissement du cinéma.


samedi 23 décembre 2017

les indiens sont encore loin




#Paris #1968
Un nom à rallonge – 6 syllabes - écorché plusieurs fois avant d’être syllabé/prononcé clairement : le Ki-no-pa-no-ra-ma ajoute à la merveille de cette première fois. L’écran géant, panoramique, le son, tout est grand. Paris, on n’y habite pas. On y vient pour le dentiste et les courses. Cette fois-ci, la mère a décidé pour ses filles : « Le livre de la jungle » au Kinopanorama. Me gargarisant de ce nom – pas trop de souvenir du cinéma en lui-même – ne pense pas y être retournée, je me cale dans ce grand fauteuil. Il en faut peu pour être heureux… Pas sûre… seulement consciente du privilège du moment et du moelleux du siège. Aie confiance… l’immensité des cercles dans les yeux de Kaa.

#Beaumont-sur-Oise #1970
Le Palace dans la ville de banlieue où l’on habite. Le seul cinéma de la ville – façade rouge - fronton blanc - cercles dorés – plus tard Eddy Mitchell y tournera « La dernière séance » où ma sœur fera de la figuration. On va y voir – encore avec ma sœur cadette – c’est la condition pour avoir le droit d’y aller – « Peau d’âne » de Jacques Demy – mais à l’époque on ne sait pas que c’est Demy – on va voir Catherine Deneuve, ça oui, comme on ira voir un film de Bebel « Le Magnifique » ou un autre « Le ». Souvenir émerveillé de la robe couleur du Temps, je revois encore le magnifique bleu vert moiré de cette robe ( lorsque je lisais le conte, j’avais justement du mal à me l’imaginer contrairement aux robes couleur de lune et de soleil). Le cinéma de mon enfance-adolescence sera bientôt taxé de ringard et nous préfèrerons aller en bande au nouveau complexe multisalles à Cergy.

#Paris #1977

Découverte d’un petit ciné rue Monsieur-le-Prince, qui ouvre ses portes à 10h pour les premières séances. Erreur d’aiguillage post-bac (école de tourisme par défaut), je sèche les cours (sauf les cours d’histoire du cinéma) et passe mes journées à regarder plusieurs fois d’affilée des films comme « The Phantom of the paradise » ou « Les Indiens sont encore loin » avec Isabelle Huppert et Christine Pascal. Qu’est-elle devenue Christine Pascal ?